Mercredi dernier 17 octobre, le Pape, lors de l'audience générale, a poursuivi sa catéchèse sur le 5ème commandement : "Tu ne tueras pas."  Voici le texte  :

"Je voudrais aujourd’hui poursuivre la catéchèse sur la cinquième parole du Décalogue, «Tu ne tueras pas». Nous avons déjà souligné que ce commandement révèle qu’aux yeux de Dieu, la vie humaine est précieuse, sacrée et inviolable. Personne ne peut mépriser la vie d’autrui ou la sienne; en effet, l’homme porte en lui l’image de Dieu et il est l’objet de son amour infini, quelle que soit la condition dans laquelle il a été appelé à l’existence.

Dans le passage évangélique que nous venons d’écouter, Jésus nous révèle un sens encore plus profond de ce commandement. Il affirme que, devant le tribunal de Dieu, la colère contre un frère est aussi une forme d’homicide. C’est pourquoi l’apôtre Jean écrira: «Quiconque hait son frère est un homicide» (1 Jn 3, 15). Mais Jésus ne s’arrête pas à cela, et dans la même logique, il ajoute que l’insulte et le mépris peuvent aussi tuer. Nous sommes habitués à insulter, c’est vrai. L’insulte vient à nos lèvres comme on respire. Et Jésus nous dit: «Arrête-toi, parce que l’insulte fait mal, elle tue». Le mépris. «Mais moi... ces gens, celui-ci, je le méprise». Et il s’agit d’une façon de tuer la dignité d’une personne. Il serait beau que cet enseignement de Jésus entre dans l’esprit et dans le cœur, et que chacun de nous dise: «Je n’insulterai jamais personne». Ce serait une belle intention, parce que Jésus nous dit: «Regarde, si tu méprises, si tu insultes, si tu hais, c’est un homicide».

Aucun code humain, en effet, ne compare des actes aussi différents en leur attribuant le même degré de jugement. Et de manière cohérente, Jésus invite même à interrompre l’offrande du sacrifice dans le temple si on se souvient qu’un frère est fâché avec nous, pour aller le chercher et se réconcilier avec lui. Nous aussi, quand nous allons à la Messe, nous devrions avoir cette attitude de réconciliation avec les personnes avec lesquelles nous avons eu des problèmes. Même si nous avons pensé du mal d’elles, si nous les avons insultées. Mais très souvent, alors que nous attendons que le prêtre vienne dire la Messe, on bavarde un peu et on parle mal des autres. Il ne faut pas le faire. Pensons à la gravité de l’insulte, du mépris, de la haine: Jésus les met sur le même plan que tuer.

Qu’entend dire Jésus, en étendant jusqu’à ce point la cinquième parole? L’homme a une vie noble, très sensible, et il possède un moi caché tout aussi important que son être physique. En effet, pour blesser l’innocence d’un enfant, il suffit d’une phrase inopportune. Pour blesser une femme, il suffit d’un geste de froideur. Pour briser le cœur d’un jeune, il est suffisant de lui refuser la confiance. Pour anéantir un homme, il suffit de l’ignorer. L’indifférence tue. C’est comme dire à une autre personne: «Tu es mort pour moi», parce que tu l’as tué dans ton cœur. Ne pas aimer est le premier pas pour tuer; et ne pas tuer est le premier pas pour aimer.

Dans la Bible, au début, on lit cette phrase terrible sortie de la bouche du premier homicide, Caïn, après que le Seigneur lui demande où est son frère. Caïn répond: «Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère?» (Gn 4, 9)1. C’est ainsi que parlent les assassins: «Cela ne me regarde pas», «Ce sont tes affaires», et d’autres choses semblables. Essayons de répondre à cette question: sommes-nous les gardiens de nos frères? Oui, nous le sommes! Nous sommes les gardiens les uns des autes! Et c’est la route de la vie, c’est la route pour ne pas tuer.

La vie humaine a besoin d’amour. Et quel est l’amour authentique? C’est celui que le Christ nous a montré, c’est-à-dire la miséricorde. L’amour dont nous ne pouvons pas nous passer est celui qui pardonne, qui accueille celui qui nous a fait du mal. Personne d’entre nous ne peut survivre sans la miséricorde, nous avons tous besoin du pardon. Donc, si tuer signifie détruire, supprimer, éliminer quelqu’un, alors ne pas tuer voudra dire prendre soin, valoriser, inclure. Et aussi pardonner.

Personne ne doit se faire d’illusion en pensant: «Tout va bien, parce que je ne fais rien de mal». Un minéral ou une plante ont ce type d’existence, en revanche, un homme non. Une personne — un homme ou une femme — non. A un homme ou à une femme, il est demandé davantage. Il faut faire le bien, préparé pour chacun de nous, chacun le sien, qui nous fait devenir nous-mêmes jusqu’au bout. «Tu ne tueras pas» est un appel à l’amour et à la miséricorde, c’est un appel à vivre selon le Seigneur Jésus, qui a donné sa vie pour nous et qui est ressuscité pour nous. Une fois, nous avons répété tous ensemble, ici sur la place, une phrase d’un saint à ce propos. Cela nous aidera peut-être: «Ne pas faire de mal est une bonne chose. Mais ne pas faire le bien n’est pas bien». Nous devons toujours faire du bien. Aller au-delà.

Lui, le Seigneur, qui, en s’incarnant, a sanctifié notre existence; Lui, qui par son sang l’a rendue inestimable; Lui, «l’auteur de la vie» (Ac 3, 15), grâce à qui chacun est un don du Père. En Lui, dans son amour plus fort que la mort, et par la puissance de l’Esprit que le Père nous donne, nous pouvons accueillir la Parole «Tu ne tueras pas» comme l’appel le plus important et essentiel: c’est-à-dire que ne pas tuer signifie un appel à l’amour.

[1] Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 2259: «L’Ecriture, dans le récit du meurtre d’Abel par son frère Caïn (cf. Gn 4, 8-12), révèle, dès les débuts de l’histoire humaine, la présence dans l’homme de la colère et de la convoitise, conséquences du péché originel. L’homme est devenu l’ennemi de son semblable. Dieu dit la scélératesse de ce fratricide: “Qu’as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie vers moi. Maintenant donc maudit sois-tu de par le sol qui a ouvert sa bouche pour prendre de ta main le sang de ton frère”(Gn 4, 10-11)».